L’islamophobie partout ? (Entretien Conspiracy Watch/Rudy Reichstadt)

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someone

bannière conspiracy watch

Au terme d’une bataille sémantique qui a vu s’implanter fermement dans le débat public le terme longtemps controversé d’ «islamophobie», chacun ou presque s’accorde à reconnaître que le racisme anti-musulman n’est pas une « haine imaginaire ». Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau ont publié le 23 octobre dernier Islamophobie, la contre-enquête (éd. Plein Jour). Selon eux, nous assistons au détournement d’une cause légitime au profit d’une campagne identitaire.

Conspiracy Watch : Un complotisme de facture islamophobe apparaît depuis quelques années, notamment à travers l’accusation faisant des musulmans les agents plus ou moins conscients d’un plan d’islamisation de l’Europe. Pour autant, le concept d’islamophobie vous paraît éminemment critiquable. Pour quelle raison ?

Isabelle Kersimon : Il existe une islamophobie que l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, préférerait d’ailleurs qualifier de « musulmanophobie » : il s’agit des actes de violence dirigés contre les personnes à raison de leur religion réelle ou supposée. Les agressions de femmes voilées dont le ministère de l’Intérieur, les médias et le milieu associatif se font l’écho, sont des actes que nous pouvons qualifier d’islamophobes.

Quant à la critique de l’islam, elle peut tout aussi bien être le fait d’anticléricaux que celui d’« apostats », et ne mérite à mes yeux aucune condamnation. Pour respectable qu’elle soit, toute idée et toute tradition doit pouvoir être critiquée, même de manière virulente, et même si mon goût personnel me fait préférer l’arme de l’humour à toutes les autres.

C. W. : Vous parlez de l’islamophobie comme d’un «leurre heuristique». Qu’entendez-vous exactement par là ?

Jean-Christophe Moreau : Il s’agit d’un leurre heuristique au sens où les premiers à mettre en avant ses vertus explicatives – c’est-à-dire des militants associatifs et des universitaires engagés – s’en servent pour brouiller les pistes.

Théoriquement, le concept d’islamophobie est censé désigner les actes et les discours participant d’un processus de « racialisation » des musulmans ou, si l’on préfère, d’une réduction des personnes à leur seule appartenance religieuse ou culturelle. Mais dans les faits, il est employé indifféremment pour qualifier des actes pénalement réprimés (injures, menaces, incitation à la haine, discrimination, etc.) et des événements dont on chercherait en vain la dimension anti-religieuse ou xénophobe.

En enquêtant sur les « actes islamophobes » recensés par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) – présenté comme une « source statistique de référence » par les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed (1) –, nous avons ainsi eu la surprise de découvrir, entre autres : des mesures d’expulsion prises contre des personnes condamnées pour implication dans des entreprises terroristes, des condamnations d’imams pour incitation à la haine envers la communauté juive, des fermetures de salles de prière occupées illégalement, etc. On en déduit qu’est « islamophobe » toute mesure défavorable à un membre de la communauté musulmane, quelle que soit sa justification.

Notre propos est donc de montrer comment une cause légitime (la défense des personnes contre des actes de violence, de menace, de discrimination, d’incitation à la haine, etc.) est détournée au profit d’une campagne identitaire qui ne dit pas son nom, et qui se réclame dans les faits d’une conception sclérosée, pour ne pas dire totalitaire, du respect de la liberté religieuse (appel au rétablissement du délit de blasphème, revendication de droits spécifiques tendant à ériger un « statut » musulman en marge de la citoyenneté ordinaire, etc.).

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someone
Portrait JC Moreau Written by:

Be First to Comment

Laisser un commentaire