Claude Askolovitch, cet antiraciste dont la « lutte contre l’islamophobie » ne veut pas

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À la parution de Nos mal-aimés. Ces musulmans dont la France ne veut pas, Claude Askolovitch s’était retrouvé au cœur d’une controverse particulièrement symptomatique de la dérive idéologique des associations luttant contre « l’islamophobie ». La polémique, engagée sur des médias altermondialistes et communautaires, portait sur la sincérité de son engagement. On lui reprochait d’avoir activement collaboré à la propagation des préjugés antimusulmans et d’être, en somme, un « résistant de la vingt-cinquième heure ».

Ce procès d’intention ressurgit aujourd’hui à la faveur de l’extrait vidéo d’une conférence posté sur Twitter par Rokhaya Diallo (co-fondatrice de l’association Les Indivisibles), au cours de laquelle on voit Nacira Guénif-Souilamas (sociologue proche des Indigènes de la République) railler « l’épiphanie » tardive du journaliste et lui demander des comptes sur ses « responsabilités personnelles » dans « la montée en puissance de l’islamophobie » au cours des deux dernières décennies, lui reprochant manifestement – de façon assez confuse – sa complicité passée avec Caroline Fourest.

En réponse, Claude Askolovitch se défend, légitimement, d’avoir jamais écrit « un texte qui justifierait la mise à l’écart, la détestation, [ou] la stigmatisation des musulmans en France », et explique que l’étiquette d’islamophobie dont on l’affuble est, pour l’essentiel, liée à une « dispute » très médiatisée[1] avec Tariq Ramadan à propos d’une tribune de ce dernier qu’il considère, aujourd’hui encore, comme un « texte de facho » et « d’antisémite »[2].

Il suffit, pour lui donner raison, de lire les textes écrits en réaction à Nos mal-aimés par Houria Bouteldja et Youssef Boussoumah (respectivement porte-parole et co-fondateur du Parti des Indigènes de la République) ou Hicham Hamza[3] (journaliste pour Oumma.com), dans lesquels sont explicités les griefs retenus contre le journaliste.

La « diabolisation » de Tariq Ramadan y figure, en effet, en bonne place. Il n’est pas pardonné à Claude Askolovitch d’avoir dénoncé le fait que cet « encombrant monsieur Ramadan » ait peu ou prou réactivé – au moment même où le Forum social européen scellait une alliance inédite entre altermondialistes et associations musulmanes – le mythe du complot juif en laissant entendre que des intellectuels, désignés comme juifs, jouaient de leur influence pour fomenter des guerres dans l’intérêt d’Israël[4]. De même qu’il ne lui est pas pardonné d’ « avoir encensé, à leurs débuts, Caroline Fourest et Fiammetta Venner[5] » et d’avoir ainsi « mis le pied à l’étrier » à celles qui allait jeter en 2003, dans leur essai Tirs croisés, une lumière crue sur la résurgence des intégrismes religieux et de leur offensive commune contre la laïcité[6]. On lui reproche également d’ « avoir pointé du doigt les écoliers musulmans comme réfractaires à l’enseignement de la Shoah[7] » , quand bien même ce constat est partagé par nombre d’acteurs de l’Éducation nationale qui, conscients du caractère sensible de la question et de son écho particulier avec le conflit israélo-palestinien, redoutent souvent de provoquer une concurrence des mémoires en abordant le sujet[8].

On le suspecte surtout d’être un islamophile de circonstance, et plus spécifiquement un « sioniste de gauche » qui aurait compris que « le premier principe organisateur de la communauté musulmane [étant] la lutte contre l’islamophobie », il est dans l’intérêt de la communauté juive d’« enrayer la poussée islamophobe » pour « enrayer l’organisation » de la communauté musulmane, avant qu’elle ne soit suffisamment puissante pour contester aux Juifs leur statut de « chouchous de la République » et peser sur « l’infléchissement de la position de la France en défaveur d’Israël ». Claude Askolovitch, en d’autres termes, est accusé de faire de l’entrisme dans le but de favoriser l’émergence « d’une bourgeoisie musulmane qui (…) aurait suffisamment d’intérêts de classe dans le cadre du capitalisme français pour taire ses sympathies pro-palestiniennes »… [9]

En définitive, cette controverse nous en apprend moins sur les prétendues compromissions d’un journaliste engagé que sur la dérive doctrinaire de la lutte contre l’islamophobie, dont les acteurs historiques éprouvent manifestement une certaine réticence à accueillir des nouveaux venus n’embrassant pas absolument leur idéologie, en particulier lorsqu’ils se sont distingués par leur refus de hiérarchiser la haine du Juif et celle du musulman ou de fermer les yeux sur les dangers de l’islam politique.

L’ironie, en l’occurrence, est que ce procès en islamophobie intervient alors que Claude Askolovitch s’évertue à offrir un brevet de respectabilité au sulfureux Collectif contre l’islamophobie en France, dont nous avons montré dans notre livre Islamophobie, la contre-enquête qu’il incarne cette conception totalitaire de la liberté religieuse contre laquelle s’élevait auparavant ce journaliste.

[1] « Tout le monde en parle », France 2, émission du 18 octobre 2003.

[2] L’islamologue y dressait une liste d’intellectuels juifs – dont Pierre-André Taguieff (sic) – accusés de ne se positionner politiquement qu’en fonction de « logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d’Israël. » Cf. Tariq Ramadan, « Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires », Oumma.com, 3 octobre 2003

[3] Houria Bouteldja et Youssef Boussoumah, « L’étrange islamophilie de Claude Askolovitch », Parti des Indigènes de la République, 2 octobre 2013 ; Hicham Hamza, « Docteur Claude et Mister Askolovitch », www.panamza.com, octobre 2013

[4] Claude Askolovitch, « L’encombrant M. Ramadan » Le Nouvel Observateur, 9 octobre 2003

[5] Hicham Hamza, loc. cit.

[6] Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Tirs croisés : La Laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Calmann-Lévy, 2003.

[7] Hicham Hamza, loc. cit.

[8] Benoît Falaize « Peut-on encore enseigner la Shoah ? » Le Monde Diplomatique, mai 2004 ; Sophie Ernst, Quand les mémoires déstabilisent l’école, INRP, 2008.

[9] Houria Bouteldjah et Youssef Boussoumah, loc. cit.

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Portrait JC Moreau Written by:

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